Les différentes conceptions de la biodiversité
L'écologie du littoral atlantique
Phénomènes naturels et modification de la biodiversité du littoral
Les activités humaines menaçant la biodiversité du littoral
La pêche littorale et la biodiversité
La protection de la nature dans la partie maritime du littoral
La protection de la nature dans la partie terrestre du littoral
Références
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      La protection de la nature (les paysages, le patrimoine naturel et la biodiversité) est l'objet de conventions internationales, de directives européennes et de lois françaises. Pour les décideurs locaux, c'est une obligation qui doit être conciliée avec d'autres contraintes (démographie, développement économique). Les choix sont rendus encore plus complexes par la diversité des points de vue qui sous-tendent les stratégies de préservation de la biodiversité. La mise en place d'une économie durable basée pour partie sur le tourisme, notamment, est un objectif difficile à atteindre.
La majorité des mesures importantes pour la protection de la nature et des paysages se prend au niveau local. Ces mesures résultent des arbitrages rendus au cours de l'élaboration du Plan local d'urbanisme ou de la participation au Comité de pilotage d'un site Natura 2000 par exemple. Cependant, de par leur taille, les écosystèmes ne peuvent être gérés efficacement que par des structures réunissant plusieurs communes ou des entités administratives ayant autorité à la fois sur les zones marine et terrestre du littoral.
La protection de la nature n'est pas à la hauteur des mesures réglementaires existantes car elles sont en général peu respectées (plus de 80 % des installations de camping-caravaning sont dans l'illégalité, les chemins strictement réservés aux piétons sont dégradés par les vélos, les chevaux et les engins motorisés, certaines espèces sont victimes d'un braconnage organisé, etc.).
Le dossier traite exclusivement du littoral atlantique français.
 
 
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Les différentes conceptions de la biodiversité   imprimer chapitre
 
Retour haut de page Q   Que sont un habitat et un écosystème ?  
  R   Ecosystème et habitat sont deux concepts permettant de décrire la biodiversité.
Le concept d'écosystème met l'accent sur les interactions des êtres vivants entre eux et avec le milieu où ils vivent. Un lac, une forêt, un aquarium constituent, avec les espèces qui les habitent, des écosystèmes. Etudier un écosystème consiste à analyser son fonctionnement et évaluer quelle peut être son évolution, par exemple sous l'effet d'une modification de l'environnement.
La notion d'habitat décrit la biodiversité de façon statique dans une perspective de classification. Il existe plusieurs classifications des habitats, chacune étant plus spécifiquement adaptée à un usage particulier (les textes européens sur la biodiversité utilisent leur propre classification des habitats). Un habitat est un ensemble indissociable associant un milieu (caractérisé par les conditions climatiques, les propriétés physiques et chimiques du sol...) et une communauté d'êtres vivants (caractérisée par les espèces indicatrices de cet habitat). Les scientifiques considèrent généralement que la végétation permet d'identifier un habitat car elle dépend fortement des caractéristiques des milieux et du fonctionnement du système.
L'ensemble des êtres vivants d'un écosystème ou d'un habitat est nommé biocénose ou communauté et le milieu dans lequel ils vivent est le biotope. Toutefois, biotope et habitat sont souvent pris comme des synonymes en français. C'est le cas dans ce dossier.
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Retour haut de page Q   Quelle est la définition de la biodiversité ?  
  R   Le mot biodiversité signifie « diversité de toutes les formes du vivant ». Il est utilisé pour décrire des réalités aussi diverses que les différences de virulence des virus de la grippe et la vie dans les océans.
Pour les scientifiques, la biodiversité décrit la variété du vivant selon trois niveaux de complexité : les écosystèmes, les espèces qui composent les écosystèmes et enfin les gènes que l'on trouve dans chaque espèce. Le gène est à la base de la sélection naturelle et donc de l'évolution. Par contre, l'espèce est la façon la plus accessible de décrire la biodiversité sur le terrain. La manière dont les populations s'assemblent pour former des écosystèmes reste l'aspect le moins bien élucidé de la biodiversité.
En mettant l'accent sur l'aspect dynamique de la biodiversité, l'approche scientifique actuelle aborde d'une façon nouvelle des questions traitées jusqu'alors sur un mode sectoriel comme la pêche, le tourisme ou l'agriculture. Elle insiste sur les interactions au sein du vivant et introduit le temps comme un facteur essentiel de la biodiversité (les paysages évoluent au même titre que les espèces).
Les scientifiques utilisent également couramment le mot biodiversité dans un sens plus étroit : biodiversité génétique au sein d'une espèce (les variations de couleur des coquilles d'escargot, les variétés de pommiers, les races bovines, etc.), biodiversité des espèces occupant un lieu donné (la diversité des espèces d'oiseaux dans les zones humides, etc.), biodiversité des communautés (coexistence locale de végétaux, d'herbivores et de carnassiers, etc.), biodiversité des paysages (forêts, bocages, espaces ouverts, etc.). Le paysage est l'échelle à laquelle la biodiversité est la plus directement accessible aux non-spécialistes.
Références
 
 
Retour haut de page Q   Comment décrit-on la biodiversité ? Peut-on la mesurer ?  
  R   Etablir la liste de toutes les espèces présentes dans une aire étudiée n'est pas une façon opérationnelle de décrire la biodiversité.
Les scientifiques décrivent la biodiversité à l'aide de différents indicateurs, choisis en fonction de l'étendue de l'aire géographique et de l'objectif poursuivi. Ils privilégient des indicateurs faciles à mesurer et qui reflètent les menaces pesant localement sur la biodiversité.
La mesure de la biodiversité peut s'appuyer sur le nombre d'espèces en danger ou d'espèces « endémiques » (espèces qui ne sont présentes que dans l'aire géographique étudiée).
La mesure de la biodiversité peut aussi reposer sur la taille des populations des espèces « clés » (par exemple les insectes qui assurent la pollinisation des fleurs).
La taille des populations est un indicateur important pour les espèces dites « ingénieurs » qui créent des habitats qui n'existeraient pas sans elles (par exemple les coraux tropicaux ou les arbres) et pour les espèces exotiques qui envahissent l'aire géographique étudiée en modifiant les équilibres biologiques (ces espèces sont dites « invasives »).
Un autre type d'indicateur est l'état de santé des espèces « sentinelles ». Ce sont des espèces très sensibles à la qualité de l'environnement (il n'y a pas d'espèce « sentinelle » pour le littoral). On peut aussi analyser la composition chimique ou microbiologique des espèces qui concentrent les polluants chimiques et les microbes des eaux côtières (c'est le cas de la moule).
Références
 
 
Retour haut de page Q   Pourquoi préserver la biodiversité ?  
  R   Les deux principales approches scientifiques, que se sont d'ailleurs appropriés les non-spécialistes, ont en commun la notion que préserver la biodiversité est un élément clé du développement durable. Elles se distinguent par la place accordée à l'espèce humaine au sein de la biodiversité.
Selon l'approche anthropocentriste, la préservation de la biodiversité est justifiée par les services qu'elle rend à l'homme ou qu'elle rendra aux générations futures. Depuis la fin des années 1990, l'évaluation des bénéfices que l'homme tire des écosystèmes tient compte des avantages immédiats et des retombées indirectes. Les « services d'origine écosystémique » sont notamment la fourniture de biens (nourriture...), la régulation de la qualité de l'environnement (recyclage biologique des déchets...), l'impact socioculturel (récréatif, esthétique, spirituel) et l'auto-entretien de l'environnement (la formation des sols, la photosynthèse, les cycles nutritifs...).
Selon la perspective biocentriste, tous les êtres vivants (donc toutes les espèces) doivent être préservés, indépendamment de leur utilité pour les humains. Les humains ne peuvent porter atteinte à un être vivant qu'en cas de nécessité (alimentation, préservation, lutte contre les maladies, etc.). La traduction concrète du biocentrisme est la création de liste d'espèces protégées. Il est interdit de porter atteinte à tout spécimen appartenant à ces espèces, sauf en cas de légitime défense.
L'écocentrisme est une variante du biocentrisme qui met l'accent sur la préservation des écosystèmes. L'objectif est de préserver la capacité évolutive et par-là la pérennité de la Vie (y compris l'homme). La préservation de la biodiversité passe par la préservation des milieux et des processus naturels plutôt que par la préservation de la vie de chaque individu ou de chaque espèce. L'objectif est plutôt d'éviter que les activités humaines modifient le cours de l'évolution naturelle.
Chacun, scientifique ou non-spécialiste, combine ces différentes approches selon un équilibre qui lui convient.
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Retour haut de page Q   La pérennité d'un écosystème dépend-elle du nombre d'espèces présentes ?  
  R   La capacité d'adaptation et donc la pérennité d'un écosystème est déterminée par la présence simultanée d'espèces qui jouent le même rôle dans l'écosystème tout en n'ayant pas exactement les mêmes besoins. Elles peuvent se substituer les unes aux autres lorsque les conditions extérieures changent. On observe alors des modifications dans la taille de leurs populations respectives, une espèce initialement rare pouvant alors devenir banale.
Les fluctuations de la composition de la biodiversité peuvent être la conséquence de changements de l'environnement à court terme (rejets toxiques, épisode de sécheresse, épidémie, etc.) comme à long terme (modification du climat).
En général, le fonctionnement d'un écosystème dépend des différents niveaux existants dans la chaîne alimentaire (végétaux, herbivores, carnivores, recyclage des déchets organiques) plus que de la présence d'une espèce en particulier. Toutefois, certaines espèces ont un rôle prédominant. Ce sont les espèces « clés » (par exemple les abeilles) et les espèces « ingénieurs de l'environnement » (par exemple les coraux tropicaux ou les arbres). Leur disparition modifie en profondeur la biodiversité dans l'aire concernée.
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Retour haut de page Q   A quoi correspond la « valeur patrimoniale » d'une espèce ou d'un milieu ?  
  R   Les scientifiques qui font l'inventaire de la faune et de la flore utilisent couramment la notion de « valeur patrimoniale » d'une espèce. Toutes les espèces représentent un patrimoine génétique puisqu'elles sont le fruit d'une longue évolution. Mais en général, la valeur patrimoniale n'est évoquée que pour les espèces dont la préservation nécessite des mesures particulières. Elle est alors fortement liée à la notion d'espèce protégée.
Le plus souvent, la valeur patrimoniale est à la mesure de l'originalité ou de la rareté de l'espèce ou du milieu. Ainsi, les espèces endémiques (présentes uniquement dans une aire donnée) et les espèces dont l'existence est menacées bénéficient d'une forte « valeur patrimoniale ».
Mesurer la valeur patrimoniale sur le seul critère de rareté est contesté par certains auteurs.
D'une part, une espèce rare peut devenir tout à fait banale avec les changements de l'environnement au cours du temps et au gré de l'histoire. C'est le cas du goéland argenté. Rare au début du XXe siècle, cet oiseau était devenu si fréquent à la fin du XXe siècle qu'il était considéré localement comme nuisible. Son expansion trouve en partie son origine dans la multiplication des décharges à ciel ouvert dans lesquelles le goéland se nourrit. Et l'interdiction des décharges dans les années 1990 est en partie responsable de la baisse actuelle des effectifs.
Par ailleurs, la disparition locale d'une espèce ne signifie pas forcément qu'elle est menacée. Ainsi, le macareux moine est en voie de disparition en Bretagne alors que sa présence est banale plus au nord sur les côtes atlantiques et arctiques de l'Europe, du Groenland et du Canada.
La mesure de la « valeur patrimoniale » ne tient pas compte du rôle de l'espèce dans l'écosystème.
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Retour haut de page Q   Peut-on mesurer la biodiversité avec quelques indicateurs ? Quels sont ceux utilisés par l'Europe ?  
  R   Les indicateurs sont des chiffres conçus pour comparer la biodiversité dans différentes zones géographiques ou pour évaluer les effets d'une politique de protection de la nature.
Utiliser des indicateurs pour décrire la biodiversité est à l'opposé de la démarche naturaliste. Le but n'est plus de décrire la diversité du vivant dans toute sa richesse mais au contraire de simplifier la réalité complexe des écosystèmes pour pouvoir les ranger en terme de biodiversité croissante. Un bon indicateur est facile à comprendre et il synthétise une grande masse d'information en une mesure non ambiguë. Toutefois, un indicateur n'est réellement opérationnel que si une large communauté en reconnaît la validité car il peut alors servir de base factuelle au débat public.
La création d'indicateurs est habituellement du ressort de groupes de travail spécialisés.
La Commission européenne s'est dotée d'une série d'indicateurs pour suivre l'effet des politiques sur le développement durable du littoral. Parmi ceux-ci, certains portent directement sur la mesure de la biodiversité car c'est un des éléments du développement durable :
. la quantité d'habitats naturels,
. le nombre de zones protégées par des dispositions légales pour la conservation de la nature, du paysage et du patrimoine,
. le taux de perte ou de dommage sur les zones protégées (il mesure l'efficacité de la gestion de la biodiversité),
. la modification des espèces et des habitats côtiers et marins importants. Elle est mesurée par le nombre d'espèces par type d'habitats, en particulier le nombre d'espèces inscrites sur les listes rouges des espèces protégées
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Retour haut de page Q   La biodiversité du littoral a-t-elle une valeur marchande ?  
  R   On distingue habituellement les retombées économiques directes de la biodiversité (le tourisme, la pêche) et les retombées indirectes, ce qu'on appelle les services environnementaux ou services d'origine écosystémique (les nourriceries pour les poissons, la prévention des inondations...).
Le tourisme représente entre 3 % et 8 % de l'économie des régions du littoral atlantique (Nord Pas-de-Calais : 3,3 % ; Haute-Normandie : 2,9 % ; Basse-Normandie : 8 % ; Bretagne : 7,9 % ; Pays de Loire : 4 % ; Poitou-Charentes : 5,5 % ; Aquitaine : 7 %). Le poids économique des produits de la mer (pêche professionnelle, aquaculture, industries de transformation) est quatre fois plus faible que celui du tourisme. Ce chiffre ne tient pas compte de la pêche de plaisance, bien qu'elle soit un des attraits touristiques du littoral.
La valeur économique des services environnementaux est plus difficile à estimer car elle n'est pas directement l'objet d'échanges commerciaux. On estime qu'en moyenne dans le monde 41 % des services environnementaux du littoral proviennent des estuaires (nourriceries pour les juvéniles de très nombreuses espèces), 22 % du plateau continental (nourriceries pour certains poissons et lieu de vie des adultes) et 12 % des plages, des dunes et des marais (prévention des inondations dues aux tempêtes).
Les fonds marins compris entre la côte et une profondeur de 200 m constituent le plateau continental.
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Retour haut de page Q   Que doit-on préserver de façon prioritaire au sein de la biodiversité ?  
  R   Si les choix s'appuient sur des connaissances scientifiques, ils sont déterminés principalement par des considérations économiques, culturelles ou esthétiques. La préservation de la biodiversité répond en fait à trois objectifs distincts.
La conservation des espèces et des habitats ayant une forte « valeur patrimoniale ». En France, il s'agit principalement de la conservation des espèces endémiques et des populations animales et végétales localisées aux marges de l'aire d'expansion principale de l'espèce. L'ambition européenne est plus large. La directive Habitats a pour objectif de préserver des proportions significatives des différents habitats existants dans l'Union européenne. Un habitat qui semble banal localement doit être préservés s'il est relativement rare à l'échelle européenne. De même, des habitats fréquents en Europe doivent être préservés s'ils sont rares à l'échelle mondiale.
La préservation du service rendu par l'écosystème sans se focaliser sur une espèce en particulier. C'est à ce titre que sont préservées les zones humides côtières qui protègent la terre contre les assauts de la mer et les tempêtes. Elles atténuent l'action du vent, des vagues et des courants. La végétation qui s'y développe contribue à maintenir les sédiments en place et elle abrite de nombreuses espèces lors de leur migration ou de l'hivernage. De façon analogue, la préservation des vasières et des herbiers sous-marins est essentielle car c'est là que se nourrissent les juvéniles de très nombreuses espèces.
La préservation du paysage en raison de sa valeur culturelle ou esthétique et des intérêts économiques qui y sont attachés. C'est la motivation principale des travaux entrepris pour maintenir le paysage marin de la baie du Mont-Saint-Michel et de la baie de Somme. D'une façon plus générale, beaucoup d'Européens considèrent que la présence de nombreuses espèces d'oiseaux augmente l'attrait des paysages.
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© Science & Décision - mise à jour du dossier octobre 06